L'EUCHARISTIE suite

 

1358 Il nous faut donc considérer l’Eucharistie comme action de grâce et louange au Père, comme mémorial

sacrificiel du Christ et de son Corps, comme présence du Christ par la puissance de sa Parole et de son Esprit.

L’action de grâce et la louange au Père

1359 L’Eucharistie, sacrement de notre salut accompli par le Christ sur la croix, est aussi un sacrifice de

louange en action de grâce pour l’oeuvre de la création. Dans le sacrifice eucharistique, toute la création aimée

par Dieu est présentée au Père à travers la mort et la résurrection du Christ. Par le Christ, l’église peut offrir le

sacrifice de louange en action de grâce pour tout ce que Dieu a fait de bon, de beau et de juste dans la création

et dans l’humanité.

1360 L’Eucharistie est un sacrifice d’action de grâce au Père, une bénédiction par laquelle l’église exprime sa

reconnaissance à Dieu pour tous ses bienfaits, pour tout ce qu’il a accompli par la création, la rédemption et la

sanctification. Eucharistie signifie d’abord : action de grâce.

1361 L’Eucharistie est aussi le sacrifice de louange, par lequel l’église chante la gloire de Dieu au nom de toute

la création. Ce sacrifice de louange n’est possible qu’à travers le Christ : Il unit les fidèles à sa personne, à sa

louange et à son intercession, en sorte que le sacrifice de louange au Père est offert par le Christ et avec lui

pour être accepté en lui.

Le mémorial sacrificiel du Christ et de son Corps, l’église

1362 L’Eucharistie est le mémorial de la Pâque du Christ, l’actualisation et l’offrande sacramentelle de son

unique sacrifice, dans la liturgie de l’église qui est son Corps. Dans toutes les prières eucharistiques nous

trouvons, après les paroles de l’institution, une prière appelée anamnèse ou mémorial.

1363 Dans le sens de l’écriture Sainte le mémorial n’est pas seulement le souvenir des événements du passé,

mais la proclamation des merveilles que Dieu a accomplies pour les hommes (cf. Ex 13, 3). Dans la célébration

liturgique de ces événements, ils deviennent d’une certaine façon présents et actuels. C’est de cette manière

qu’Israël comprend sa libération d’égypte : chaque fois qu’est célébrée la pâque, les événements de l’Exode

sont rendus présents à la mémoire des croyants afin qu’ils y conforment leur vie.

1364 Le mémorial reçoit un sens nouveau dans le Nouveau Testament. Quand l’église célèbre l’Eucharistie, elle

fait mémoire de la Pâque du Christ, et celle-ci devient présente : le sacrifice que le Christ a offert une fois pour

toutes sur la Croix demeure toujours actuel (cf. He 7, 25-27) : "Toutes les fois que le sacrifice de la croix par

lequel le Christ notre pâque a été immolé se célèbre sur l’autel, l’oeuvre de notre rédemption s’opère" (LG 3).

1365 Parce qu’elle est mémorial de la Pâque du Christ, l’Eucharistie est aussi un sacrifice. Le caractère

sacrificiel de l’Eucharistie est manifesté dans les paroles mêmes de l’institution : "Ceci est mon Corps qui va

être donné pour vous" et "Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon Sang, qui va être versé pour vous" (Lc 22,

19-20). Dans l’Eucharistie le Christ donne ce corps même qu’il a livré pour nous sur la croix, le sang même qu’il

a "répandu pour une multitude en rémission des péchés" (Mt 26, 28). 1366 L’Eucharistie est donc un sacrifice

parce qu’elle représente (rend présent) le sacrifice de la croix, parce qu’elle en est le mémorial et parce qu’elle

en applique le fruit

[Le Christ] notre Dieu et Seigneur, s’offrit lui-même à Dieu le Père une fois pour toutes, mourant en intercesseur

sur l’autel de la Croix, afin de réaliser pour eux (les hommes) une rédemption éternelle. Cependant, comme sa

mort ne devait pas mettre fin à son sacerdoce (He 7, 24. 27), à la dernière Cène, "la nuit où il fut livré" (1 Co 11,

13), il voulait laisser à l’église, son épouse bien-aimée, un sacrifice visible (comme le réclame la nature humaine),

où serait représenté le sacrifice sanglant qui allait s’accomplir une unique fois sur la croix, dont la mémoire se

perpétuerait jusqu’à la fin des siècles (1 Co 11, 23) et dont la vertu salutaire s’appliquerait à la rédemption des

péchés que nous commettons chaque jour (Cc. Trente : DS 1740).

1367 Le sacrifice du Christ et le sacrifice de l’Eucharistie sont un unique sacrifice : "C’est une seule et même

victime, c’est le même qui offre maintenant par le ministère des prêtres, qui s’est offert lui-même alors sur la

Croix. Seule la manière d’offrir diffère" (Cc. Trente, sess. 22a, Doctrina de ss. Missae sacrificio, c. 2 : DS 1743).

"Et puisque dans ce divin sacrifice qui s’accomplit à la messe, ce même Christ, qui s’est offert lui-même une fois

de manière sanglante sur l’autel de la Croix, est contenu et immolé de manière non sanglante, ce sacrifice est

vraiment propitiatoire" (ibid.).

1368 L’Eucharistie est également le sacrifice de l’église. L’église, qui est le Corps du Christ, participe à l’offrande

de son Chef. Avec Lui, elle est offerte elle-même tout entière. Elle s’unit à son intercession auprès du Père pour

tous les hommes. Dans l’Eucharistie, le sacrifice du Christ devient aussi le sacrifice des membres de son Corps.

La vie des fidèles, leur louange, leur souffrance, leur prière, leur travail, sont unis à ceux du Christ et à sa totale

offrande, et acquièrent ainsi une valeur nouvelle. Le sacrifice du Christ présent sur l’autel donne à toutes les

générations de chrétiens la possibilité d’être unis à son offrande.

Dans les catacombes, l’église est souvent représentée comme une femme en prière, les bras largement ouverts

en attitude d’orante. Comme le Christ qui a étendu les bras sur la croix, par lui, avec lui et en lui, elle s’offre et

intercède pour tous les hommes.

1369 Toute l’église est unie à l’offrande et à l’intercession du Christ. Chargé du ministère de Pierre dans l’église,

le Pape est associé à toute célébration de l’Eucharistie où il est nommé comme signe et serviteur de l’unité de

l’église Universelle. L’évêque du lieu est toujours responsable de l’eucharistie, même lorsqu’elle est présidée par

un prêtre; son nom y est prononcé pour signifier sa présidence de l’église particulière, au milieu du

presbyterium et avec l’assistance des diacres. La communauté intercède aussi pour tous les ministres qui, pour

elle et avec elle, offrent le sacrifice eucharistique

Que cette eucharistie seule soit regardée comme légitime, qui se fait sous la présidence de l’évêque ou de celui

qu’il en a chargé (S. Ignace d’Antioche, Smyrn. 8, 1). C’est par le ministère des prêtres que se consomme le

sacrifice spirituel des chrétiens, en union avec le sacrifice du Christ, unique Médiateur, offert au nom de toute

l’église dans l’Eucharistie par les mains des prêtres, de manière non sanglante et sacramentelle, jusqu’à ce que

vienne le Seigneur lui-même (PO 2).

1370 A l’offrande du Christ s’unissent non seulement les membres qui sont encore ici-bas, mais aussi ceux qui

sont déjà dans la gloire du ciel : C’est en communion avec la très Sainte Vierge Marie et en faisant mémoire

d’elle, ainsi que de tous les saints et toutes les saintes, que l’église offre le sacrifice eucharistique. Dans

l’Eucharistie l’église, avec Marie, est comme au pied de la Croix, unie à l’offrande et à l’intercession du Christ.

1371 Le sacrifice eucharistique est aussi offert pour les fidèles défunts "qui sont morts dans le Christ et ne sont

pas encore pleinementpurifiés" (Cc. Trente : DS 1743), pour qu’ils puissent entrer dans la lumière et la paix du

Christ : Enterrez ce corps n’importe où ! Ne vous troublez pas pour lui d’aucun souci ! Tout ce que je vous

demande, c’est de vous souvenir de moi à l’auteldu Seigneur où que vous soyez" (S. Monique, avant sa mort, à

S. Augustin et son frère; conf. 9, 11, 27). Ensuite, nous prions [dans l’anaphore] pour les saints pèreset évêques

endormis, et en général pour tous ceux qui se sont endormis avant nous, en croyant qu’il y aura très grand

profit pour les âmes, en faveur desquelles la supplication est offerte, tandis que se trouve présente la sainte et

si redoutable victime… En présentant à Dieu nos supplications pour ceux qui se sont endormis, fussent-ils

pécheurs, nous … présentons le Christ immolé pour nos péchés, rendant propice, pour eux et pour nous, le

Dieu ami des hommes (S. Cyrille de Jérusalem, catech. myst. 5, 9. 10 : PG 33, 1116B-1117A). 1372 S. Augustin a

admirablement résumé cette doctrine qui nous incite à une participation de plus en plus complète au sacrifice de

notre Rédempteur que nous célébrons dans l’Eucharistie

Cette cité rachetée tout entière, c’est-à-dire l’assemblée et la société des saints, est offerte à Dieu comme un

sacrifice universel par le Grand Prêtre qui, sous la forme d’esclave, est allé jusqu’à s’offrir pour nous dans sa

passion, pour faire de nous le corps d’un si grand Chef … Tel est le sacrifice des chrétiens : "à plusieurs, n’être

qu’un seul corps dans le Christ" (Rm 12, 5). Et ce sacrifice, l’église ne cesse de le reproduire dans le Sacrement

de l’autel bien connu des fidèles, où il lui est montré que dans ce qu’elle offre, elle est elle-même offerte (S.

Augustin, civ. 10, 6).

La présence du Christ par la puissance de sa Parole et de l’Esprit Saint

1373 "Le Christ Jésus qui est mort, qui est ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous" (Rm

8, 34), est présent de multiples manières à son église (cf. LG 48) : dans sa Parole, dans la prière de son église,

"là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom" (Mt 18, 20), dans les pauvres, les malades, les prisonniers

(Mt 25, 31-46), dans ses sacrements dont il est l’auteur, dans le sacrifice de la messe et en la personne du

ministre. Mais "au plus haut point (il est présent) sous les espèces eucharistiques" (SC 7).

1374 Le mode de présence du Christ sous les espèces eucharistiques est unique. Il élève l’Eucharistie au-

dessus de tous les sacrements et en fait "comme la perfection de la vie spirituelle et la fin à laquelle tendent

tous les sacrements" (S. Thomas d’A., s. th. 3, 73, 3). Dans le très saint sacrement de l’Eucharistie sont

"contenus vraiment, réellement et substantiellement le Corps et le Sang conjointement avec l’âme et la divinité

de notre Seigneur Jésus-Christ, et, par conséquent, le Christ tout entier" (Cc Trente : DS 1651). "Cette présence,

on la nomme ‘réelle’, non à titre exclusif, comme si les autres présences n’étaient pas ‘réelles’, mais par

excellence parce qu’elle est substantielle, et que par elle le Christ, Dieu et homme, se rend présent tout

entier" (MF 39). 1375 C’est par la conversion du pain et du vin au le Corps et au Sang du Christ que le Christ

devient présent en ce sacrement. Les Pères de l’église ont fermement affirmé la foi de l’église en l’efficacité de la

Parole du Christ et de l’action de l’Esprit Saint pour opérer cette conversion. Ainsi, S. Jean Chrysostome déclare

Ce n’est pas l’homme qui fait que les choses offertes deviennent Corps et Sang du Christ, mais le Christ lui-

même qui a été crucifié pour nous. Le prêtre, figure du Christ, prononce ces paroles, mais leur efficacité et la

grâce sont de Dieu. Ceci est mon Corps, dit-il. Cette parole transforme les choses offertes (prod. Jud. 1, 6 : PG

49, 380C).

Et saint Ambroise dit au sujet de cette conversion : Soyons bien persuadés que ceci n’est pas ce que la nature a

formé, mais ce que la bénédiction a consacré, et que la force de la bénédiction l’emporte sur celle de la nature,

parce que par la bénédiction la nature elle-même se trouve changée … La parole du Christ, qui a pu faire de rien

ce qui n’existait pas, ne pourrait donc changer les choses existantes en ce qu’elles n’étaient pas encore ? Car

ce n’est pas moins de donner aux choses leur nature première que de la leur changer (myst. 9, 50. 52 : PL 16,

405-406). 1376 Le Concile de Trente résume la foi catholique en déclarant : "Parce que le Christ, notre

Rédempteur, a dit que ce qu’il offrait sous l’espèce du pain était vraiment son Corps, on a toujours eu dans

l’église cette conviction, que déclare le saint Concile de nouveau : par la consécration du pain et du vin s’opère

le changement de toute la substance du pain en la substance du Corps du Christ notre Seigneur et de toute la

substance du vin en la substance de son Sang; ce changement, l’église catholique l’a justement et exactement

appelé transsubstantiation" (DS 1642).

1377 La présence eucharistique du Christ commence au moment de la consécration et dure aussi longtemps que

les espèces eucharistiques subsistent. Le Christ est tout entier présent dans chacune des espèces et tout entier

dans chacune de leurs parties, de sorte que la fraction du pain ne divise pas le Christ (cf. Cc. Trente : DS 1641).

1378 Le culte de l’Eucharistie. Dans la liturgie de la messe, nous exprimons notre foi en la présence réelle du

Christ sous les espèces du pain et du vin, entre autres, en fléchissant les genoux, ou en nous inclinant

profondément en signe d’adoration du Seigneur. "L’église catholique a rendu et continue de rendre ce culte

d’adoration qui est dû au sacrement de l’Eucharistie non seulement durant la messe, mais aussi en dehors de sa

célébration : en conservant avec le plus grand soin les hosties consacrées, en les présentant aux fidèles pour

qu’ils les vénèrent avec solennité, en les portant en procession " (MF 56). 1379 La sainte réserve (tabernacle)

était d’abord destinée à garder dignement l’Eucharistie pour qu’elle puisse être portée aux malades et aux

absents en dehors de la messe. Par l’approfondissement de la foi en la présence réelle du Christ dans son

Eucharistie, l’église a pris conscience du sens de l’adoration silencieuse du Seigneur présent sous les espèces

eucharistiques. C’est pour cela que le tabernacle doit être placé à un endroit particulièrement digne de l’église; il

doit être construit de telle façon qu’il souligne et manifeste la vérité de la présence réelle du Christ dans le saint

sacrement.

1380 Il est hautement convenable que le Christ ait voulu rester présent à son église de cette façon unique.

Puisque le Christ allait quitter les siens sous sa forme visible, il voulait nous donner sa présence sacramentelle;

puisqu’il allait s’offrir sur la Croix pour nous sauver, il voulait que nous ayons le mémorial de l’amour dont il

nous a aimés "jusqu’à la fin " (Jn 13, 1), jusqu’au don de sa vie. En effet, dans sa présence eucharistique il reste

mystérieusement au milieu de nous comme celui qui nous a aimés et qui s’est livré pour nous (cf. Ga 2, 20), et il

le reste sous les signes qui expriment et communiquent cet amour :

L’église et le monde ont un grand besoin du culte eucharistique. Jésus nous attend dans ce sacrement de

l’amour. Ne refusons pas le temps pour aller Le rencontrer dans l’adoration, dans la contemplation pleine de foi

et ouverte à réparer les fautes graves et les délits du monde. Que ne cesse jamais notre adoration (Jean Paul II,

l. "Dominicæ cenæ" 3).

1381 "La présence du véritable Corps du Christ et du véritable Sang du Christ dans ce sacrement, ‘on ne

l’apprend point par les sens, dit S. Thomas, mais par la foi seule, laquelle s’appuie sur l’autorité de Dieu’. C’est

pourquoi, commentant le texte de S. Luc, 22, 19 : ‘Ceci est mon Corps qui sera livré pour vous’, saint Cyrille

d’Alexandrie (Lc. 22, 19 : PG 72, 921B) déclare : ‘Ne va pas te demander si c’est vrai, mais accueille plutôt avec

foi les paroles du Seigneur, parce que lui, qui est la Vérité, ne ment pas’" (Thomas d’A., s. th. 3, 75, 1 cité par

Paul VI, MF 18)

Adoro te devote, latens Deitas, Quæ sub his figuris vere latitas Tibi se cor meum totum subjicit, Quia te

contemplans totum deficit. Je T’adore profondément, divinité cachée, vraiment présente sous ces apparences; à

Toi mon coeur se soumet tout entier parce qu’à Te contempler, tout entier il défaille

Visus, gustus, tactus in te fallitur, Sed auditu solo tuto creditur Credo quidquid dixit Dei Filius Nil hoc Veritatis

verbo verius. La vue, le goût, le toucher ne T’atteignent pas à ce qu’on entend dire seulement il faut se fier; je

crois tout ce qu’a dit le Fils de Dieu; rien de plus vrai que cette parole de la Vérité. 

 

 

 

VI. Le banquet pascal

1382
La messe est à la fois et inséparablement le mémorial sacrificiel dans lequel se perpétue le sacrifice de la croix, et le

banquet sacré de la communion au Corps et au Sang du Seigneur. Mais la célébration du sacrifice eucharistique est toute

orientée vers l’union intime des fidèles au Christ par la communion. Communier, c’est recevoir le Christ lui-même qui s’est

offert pour nous. 1383 L’autel, autour duquel l’église est rassemblée dans la célébration de l’Eucharistie, représente les

deux aspects d’un même mystère : l’autel du sacrifice et la table du Seigneur, et ceci d’autant plus que l’autel chrétien est

le symbole du Christ lui-même, présent au milieu de l’assemblée de ses fidèles, à la fois comme la victime offerte pour

notre réconciliation et comme aliment céleste qui se donne à nous. "Qu’est-ce en effet l’autel du Christ sinon l’image du

Corps du Christ ?" - dit S. Ambroise (sacr. 5, 7 : PL 16, 447C), et ailleurs : " L’autel représente le Corps [du Christ], et le

Corps du Christ est sur l’autel" (sacr. 4, 7 : PL 16, 437D). La liturgie exprime cette unité du sacrifice et de la communion

dans de nombreuses prières.

Ainsi, l’église de Rome prie dans son anaphore :

Supplices te rogamus, omnipotens Deus, jube hæc perferri per manus sancti Angeli tui in sublime altare tuum, in

conspectu divinæ majestatis : ut quotquot ex hac altaris participatione sacrosanctum Filii tui Corpus et Sanguinem

sumpserimus, omni benedictione cælesti et gratia repleamur.

Nous T’en supplions, Dieu Tout-Puissant : que [cette offrande] soit portée par ton ange en présence de ta gloire, sur ton

autel céleste, afin qu’en recevant ici, par notre communion à cet autel, le corps et le sang de ton Fils, nous soyons

comblés de ta grâce et de tes bénédictions.

"Prenez et mangez en tous" : la communion

1384
Le Seigneur nous adresse une invitation pressante à le recevoir dans le sacrement de l’Eucharistie : "En vérité, en vérité,

je vous le dis, si vous ne mangez la Chair du Fils de l’homme et ne buvez son Sang, vous n’aurez pas la vie en vous" (Jn 6, 53).

1385
Pour répondre à cette invitation, nous devons nous préparer à ce moment si grand et si saint. S. Paul exhorte à un

examen de conscience : "Quiconque mange ce pain ou boit cette coupe du Seigneur indignement aura à répondre du

Corps et du Sang du Seigneur. Que chacun donc s’éprouve soi-même et qu’il mange alors de ce pain et boive de cette

coupe; car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s’il n’y discerne le Corps" (1 Co 11, 27-29).

Celui qui est conscient d’un péché grave doit recevoir le sacrement de la Réconciliation avant d’accéder à la communion.

1386
Devant la grandeur de ce sacrement, le fidèle ne peut que reprendre humblement et avec une foi ardente la parole du

Centurion (cf. Mt 8, 8) : "Domine, non sum dignus, ut intres sub tectum meum, sed tantum dic verbum, et sanabitur anima

mea" ("Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri"). Et dans la Divine

Liturgie de S. Jean Chrysostome, les fidèles prient dans le même esprit :

A ta cène mystique fais-moi communier aujourd’hui, ô Fils de Dieu. Car je ne dirai pas le Secret à tes ennemis, ni ne te

donnerai le baiser de Judas. Mais, comme le larron, je te crie : Souviens-toi de moi, Seigneur, dans ton royaume.

1387
Pour se préparer convenablement à recevoir ce sacrement, les fidèles observeront le jeûne prescrit dans leur église (cf.

CIC, can. 919). L’attitude corporelle (gestes, vêtement) traduira le respect, la solennité, la joie de ce moment où le Christ

devient notre hôte.

1388
Il est conforme au sens même de l’Eucharistie que les fidèles, s’ils ont les dispositions requises (cf. CIC 916), communient

quand ils participent à la messe (Dans la même journée, les fidèles peuvent recevoir la très Sainte Communion deux fois,

et seulement deux fois [cf. Pontificia Commissio Codicis Iuris Canonici authentice interpretando, Responsa ad proposita

dubia, 1 : AAS 76 (1984), p. 746]) : "Il est vivement recommandé aux fidèles de participer à la Messe de façon plus

parfaite en recevant aussi, après la communion du prêtre, le corps du Seigneur du même sacrifice" (SC 55).

1389
L’église fait obligation aux fidèles de participer les dimanches et les jours de fête à la divine liturgie (cf. OE 15) et de

recevoir au moins une fois par an l’Eucharistie, si possible au temps pascal (cf. CIC, can. 920), préparés par le

sacrement de la Réconciliation. Mais l’église recommande vivement aux fidèles de recevoir la sainte Eucharistie les

dimanches et les jours de fête, ou plus souvent encore, même tous les jours.

1390
Grâce à la présence sacramentelle du Christ sous chacune des espèces, la communion à la seule espèce du pain permet

de recevoir tout le fruit de grâce de l’Eucharistie. Pour des raisons pastorales, cette manière de communier s’est

légitimement établie comme la plus habituelle dans le rite latin. "La sainte communion réalise plus pleinement sa forme de

signe lorsqu’elle se fait sous les deux espèces. Car, sous cette forme, le signe du banquet eucharistique est mis plus

pleinement en lumière " (IGMR 240). C’est la forme habituelle de communier dans les rites orientaux. Les fruits de la

communion

1391
La communion accroît notre union au Christ. Recevoir l’Eucharistie dans la communion porte comme fruit principal l’union

 intime au Christ Jésus. Le Seigneur dit en effet : "Qui mange ma Chair et boit mon Sang demeure en moi et moi en

lui" (Jn 6, 56). La vie en Christ trouve son fondement dans le banquet eucharistique : "De même qu’envoyé par le Père,

qui est vivant, moi, je vis par le Père, de même, celui qui me mange, vivra, lui aussi, par moi" (Jn 6, 57) :

Lorsque dans les fêtes du Seigneur les fidèles reçoivent le Corps du Fils, ils proclament les uns aux autres la Bonne

Nouvelle que les arrhes de la vie sont donnés, comme lorsque l’ange dit à Marie de Magdala : "Le Christ est ressuscité !"

Voici que maintenant aussi la vie et la résurrection sont conférées à celui qui reçoit le Christ (Fanqîth, Office syriaque

d’Antioche, volume 1, Commun, 237a-b).

1392
Ce que l’aliment matériel produit dans notre vie corporelle, la cmmunion le réalise de façon admirable dans notre vie

spirituelle. La communion à la Chair du Christ ressuscité, "vivifiée par l’Esprit Saint et vivifiante" (PO 5), conserve, accroît

et renouvelle la vie de grâce reçue au Baptême. Cette croissance de la vie chrétienne a besoin d’être nourrie par la

communion eucharistique, pain de notre pèlerinage, jusqu’au moment de la mort, où il nous sera donné comme viatique.

1393
La communion nous sépare du péché. Le Corps du Christ que nous recevons dans la communion est "livré pour nous", et

le Sang que nous buvons, est "versé pour la multitude en rémission des péchés". C’est pourquoi l’Eucharistie ne peut pas

nous unir au Christ sans nous purifier en même temps des péchés commis et nous préserver des péchés futurs :

"Chaque fois que nous le recevons, nous annonçons la mort du Seigneur" (1 Co 11, 26). Si nous annonçons la mort du

Seigneur, nous annonçons la rémission des péchés. Si, chaque fois que son Sang est répandu, il est répandu pour la

rémission des péchés, je dois toujours le recevoir, pour que toujours il remette mes péchés. Moi qui pèche toujours, je

dois avoir toujours un remède (S. Ambroise, sacr. 4, 28 : PL 16, 446A).

1394
Comme la nourriture corporelle sert à restaurer la perte des forces, l’Eucharistie fortifie la charité qui, dans la vie

quotidienne, tend à s’affaiblir; et cette charité vivifiée efface les péchés véniels (cf. Cc. Trente : DS 1638). En se donnant

à nous, le Christ ravive notre amour et nous rend capables de rompre les attachements désordonnés aux créatures et de

nous enraciner en Lui : Puisque le Christ est mort pour nous par amour, lorsque nous faisons mémoire de sa mort au

moment du sacrifice, nous demandons que l’amour nous soit accordé par la venue du Saint-Esprit; nous prions

humblement qu’en vertu de cet amour, par lequel le Christ a voulu mourir pour nous, nous aussi, en recevant la grâce du

Saint-Esprit, nous puissions considérer le monde comme crucifié pour nous, et être nous-mêmes crucifiés pour le

monde… Ayant reçu le don de l’amour, mourons au péché et vivons pour Dieu (S. Fulgence de Ruspe, Fab. 28, 16-19 :

CCL 19A, 813-814 : LH, sem. 28, lundi, off. lect.).

1395
Par la même charité qu’elle allume en nous, l’Eucharistie nous préserve des péchés mortels futurs. Plus nous participons à

la vie du Christ et plus nous progressons dans son amitié, plus il nous est difficile de rompre avec Lui par le péché mortel.

L’Eucharistie n’est pas ordonnée au pardon des péchés mortels. Ceci est propre au sacrement de la Réconciliation. Le

propre de l’Eucharistie est d’être le sacrement de ceux qui sont dans la pleine communion de l’é

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